Le 8 mai, les gouvernements italien et turc ont tenu leur deuxième sommet à Rome. Accompagnés de leurs ministres des Affaires étrangères et européennes, de l'Intérieur, de l'Économie, de l'Environnement et des Finances, les Premiers ministres Mario Monti et Recep Tayyip Erdoğan ont passé en revue l'état de notre coopération bilatérale.Parfois, des événements comme celui organisé à la Villa Madama se révèlent être de simples spectacles cérémoniaux sans beaucoup de substance en termes de développements concrets. Toutefois, cela n’a pas été le cas lors du sommet italo-turc. Les rencontres de Rome ont montré une fois de plus combien les relations entre nos pays sont étroites et combien notre coopération a atteint une profondeur dans tous les domaines, grâce à une amitié de longue date qui n'a cessé de se consolider au cours des dernières années. Le respect mutuel et la compréhension sincère du point de vue de l’autre sont le secret de cette relation. Nos pays sont convenus de construire un partenariat stratégique et le sommet de Rome a fortement contribué à cet objectif.
D'un point de vue économique, la coopération turco-italienne représente un exemple unique en termes de solidité et d'opportunités pour l'avenir. Avec un commerce bilatéral qui a dépassé 21.3 milliards de dollars en 2011, les entreprises italiennes et turques explorent de nouvelles voies pour renforcer leur coopération également sur les marchés tiers. Aujourd'hui, des coentreprises italo-turques participent à la construction du métro de Varsovie, d'un nouvel aéroport à Saint-Pétersbourg et d'une autoroute à Oman. La complémentarité de nos systèmes productifs et le rôle important joué par nos petites et moyennes entreprises, qui constituent l’épine dorsale de nos industries nationales, forgent un partenariat extraordinaire et dynamique. Au cours des négociations à Rome, de nombreuses nouvelles opportunités pour renforcer la coopération actuelle ont été mises en évidence, depuis les ressources renouvelables jusqu'aux projets d'infrastructures stratégiques, de l'efficacité énergétique aux instruments financiers pour soutenir les investissements.
Ce n’est cependant pas l’économie qui façonne notre partenariat stratégique, qui trouve un pilier essentiel dans notre appartenance commune à l’OTAN et dans notre engagement en faveur de la stabilité et de la paix internationales. En Afghanistan comme au Kosovo, l’Italie et la Turquie partagent une vision commune sur toutes les questions de sécurité et travaillent main dans la main pour contribuer concrètement à la paix. La lutte contre le terrorisme reste la priorité absolue et notre coopération bilatérale dans ce domaine s'intensifie chaque jour.
Les perspectives internationales actuelles, notamment les événements qui se déroulent depuis 2011 en Méditerranée, obligent également nos pays à renforcer leur coopération dans le contexte régional. L'Italie et la Turquie sont deux des pays les plus directement touchés par les évolutions dans la région méditerranéenne. Le niveau de coordination entre les ministres des Affaires étrangères Ahmet Davutoğlu et Giulio Terzi sur les crises en cours a atteint une intensité jamais connue dans le passé. La Turquie et l'Italie partagent une vision commune de la Méditerranée en tant que région où la diversité culturelle rencontre le développement socio-économique pour créer un environnement stable, pacifique et démocratique. Nous soutenons pleinement les aspirations légitimes des peuples de la région à vivre dans une société libre, pluraliste et démocratique. Notre détermination à atteindre cet objectif ne connaît aucune limite.
Forts d’un partenariat stratégique, d’une alliance solide au sein de l’OTAN et d’une vision commune de notre région, il est désormais temps de compléter le puzzle de nos relations avec la dernière pièce : l’adhésion à part entière de la Turquie à l’UE. L’adhésion de la Turquie à l’UE est une situation gagnant-gagnant pour les deux parties. Le message que nos dirigeants ont exprimé lors du sommet de Rome n’aurait pas pu être plus fort et plus clair sur ce point : l’adhésion à l’UE est l’objectif ultime de la Turquie, et l’Italie reste déterminée à le soutenir pleinement.
Du point de vue turc, rejoindre l’UE signifie répondre à ses aspirations légitimes, profondément ancrées dans l’histoire et la culture du pays. L'adhésion à l'UE représentera en effet l'acte final de ce processus de développement socio-économique et d'évolution vers une société démocratique moderne et dynamique que le pays connaît depuis longtemps. Parallèlement, cela ouvrira des opportunités sans précédent aux citoyens et entrepreneurs turcs dans les domaines économique, social et culturel, tout en élargissant, sur le plan politique, la projection du pays sur le scénario mondial. La Turquie a également beaucoup à offrir à l’Union européenne. Pont entre l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient, dotée d’un pôle énergétique et d’une économie florissante, la Turquie peut apporter à l’UE un soutien crucial pour relever les défis communs : stabilisation régionale, sécurité énergétique, compétitivité économique, lutte contre le terrorisme. Toutefois, la contribution de la Turquie à l’UE ne peut être efficace qu’à travers son adhésion à part entière, fondée sur un processus d’adhésion crédible.
Convaincue que l'adhésion de la Turquie constitue un élément clé dans la construction du projet européen, l'Italie est déterminée à déployer tous les efforts possibles pour redynamiser les négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE avec des mesures concrètes conformes à l'agenda positif proposé par le commissaire européen chargé de l'élargissement et de la politique européenne. Politique de voisinage Stefan Füle. Une question clé pour parvenir à un nouvel élan dans les relations UE-Turquie est la libéralisation des visas pour les citoyens turcs, un outil puissant pour rapprocher progressivement les sociétés européenne et turque. Supprimer les visas signifie faire du rêve européen une réalité tangible pour les citoyens ordinaires. Il convient d'accorder une haute priorité à l'accélération de ce processus, en vue de parvenir à une libéralisation complète dans les plus brefs délais.
La deuxième décennie du 21e siècle s’avère être une période très difficile, marquée par de nombreuses incertitudes liées aux évolutions actuelles. L’Italie et la Turquie comprennent que des défis complexes nécessitent des réponses à plusieurs niveaux et que personne ne peut prétendre trouver des solutions seul. La combinaison des efforts et le renforcement de la coopération bilatérale sont des voies à suivre, car cela montre clairement le partenariat stratégique entre l'Italie et la Turquie, une réalité d'aujourd'hui et un guide pour l'avenir.
*Hakkı Akil est ambassadeur de la République de Turquie en Italie.
**Gianpaolo Scarante est ambassadeur de la République italienne en Turquie.
(Zaman d'aujourd'hui)


